Team Leader - Nutanix Technology Champion - Nutanix NTC Storyteller

Julien DUMUR
Infrastructure in a Nutshell
State of the Lab : mon homelab Nutanix avant la refonte

En septembre 2024, je publiais un article sur la création d’un homelab sous Nutanix CE dans lequel j’écrivais que la première question à se poser était celle de l’usage : des machines virtuelles éphémères pour monter en compétence, ou des services pour soi et pour sa famille ? J’avais répondu « des tests », et j’ai construit toute mon infrastructure autour de cette réponse.

Deux ans plus tard, la réponse a changé et l’infrastructure, elle, n’a pas bougé. Avant d’entamer le chantier, voici à quoi ressemblait mon homelab Nutanix au 1er juillet 2026.

L’état des lieux de mon homelab Nutanix au 1er juillet 2026

À cette date, tout ce qui tourne chez moi tient sur trois machines. Le réseau d’abord, monté il y a quatre ans à la construction de la maison et entièrement basé sur du Ubiquiti : une Dream Machine Pro, un switch USW Pro 24 PoE et quelques Flex répartis dans les pièces, le tout raccordé à une Freebox Delta en fibre 10 Gb/s.

Topologie du réseau domestique : Freebox Delta, Dream Machine Pro et USW Pro 24 PoE, avec le cluster Nutanix CE et Mainsail derrière le switch du garage, Home Assistant sur l'USW 24 et AdGuard dans une VM de la Freebox

Le cluster ensuite, un châssis Intel S2600WTTR installé dans le garage parce qu’il n’a pas droit de séjour dans la maison, sur des rails coulissants vissés dans les solives faute de baie, un nœud unique sous Nutanix CE 2.1, avec deux ou trois machines virtuelles de test dessus. J’en ai détaillé la configuration matérielle à l’époque, je vous invite à consulter mon article à ce sujet.

Le châssis Intel S2600WTTR de mon cluster Nutanix CE, monté sur rails sous la structure bois du garage

Ce serveur de 2016, je l’ai récupéré dans une précédente expérience professionnelle. Il était tombé en panne matérielle et l’administration ne souhaitait pas engager la réparation, compte tenu de son âge et du remplacement de l’infrastructure déjà lancé vers des clusters Nutanix neufs. Je l’ai donc sorti et remis en état à mes frais.

Tout le reste des décisions matérielles découle de ce point de départ. Une seule alimentation raccordée sur les deux, volontairement, parce que rien de critique ne tourne dessus et qu’une panne se traduit au pire par un cluster arrêté le temps d’un week-end, puis une redondance disque partielle que j’assumais déjà à l’époque comme un compromis. Sur le dimensionnement en revanche, je n’ai jamais rencontré la moindre limite : 384 Go de RAM, quatre SSD SAS de 800 Go et six disques 10k pour deux ou trois machines virtuelles de test, de la marge qui ne servait à rien.

Et c’est tout, ou presque. Deux services vivent en dehors du cluster : Home Assistant sur un Raspberry Pi, qui collecte déjà la consommation de la prise Meross branchée sur le serveur et la production photovoltaïque de mon installation, et AdGuard sur une machine virtuelle hébergée par la Freebox. La résolution DNS de toute la maison reposait donc sur la box de mon opérateur : un redémarrage un peu long, un changement d’offre, et plus rien ne résout.

Ce que l’audit du réseau a montré

Avant de toucher au cluster, j’ai passé la configuration UniFi au crible, sur une version antérieure à UniFi OS 5.1.33. Le résultat est moins flatteur que le matériel.

Le réseau natif est en 192.168.2.0/24 et porte l’identifiant de VLAN 1 dans le contrôleur, un écart entre le nommage et la réalité qui pique dès qu’on relit une configuration six mois plus tard. Quatre SSID ensuite, tous en 2,4 GHz et tous en WPA2, dont un masqué pour la vidéoprotection, ce qui n’a jamais protégé personne et complique surtout la vie des équipements qui doivent s’y raccrocher. Les caméras Tapo, justement, sont en Wi-Fi sur ce même réseau natif : les appareils sur lesquels j’ai le moins de garanties partagent le segment de tout le reste.

Liste des réseaux dans le contrôleur UniFi : le LAN en 192.168.2.0/24 porte l'identifiant de VLAN 1, et trois des quatre autres VLAN n'ont distribué aucun bail DHCP

L’inventaire a sorti le reste. Quatre VLAN déclarés à côté du natif, ALARM en 192.168.90.0/29, VIDEO en 192.168.100.0/24, NTNX en 192.168.84.0/24 et IOT en 192.168.99.0/24, dont trois n’ont jamais distribué le moindre bail DHCP. Pendant ce temps, vingt-cinq équipements se partagent le LAN, les caméras comprises, alors que le VLAN VIDEO qui leur est destiné existe depuis le premier jour et reste vide.

C’est ce qui arrive quand on dessine une segmentation le jour de l’installation et qu’on ne la relit plus jamais ensuite.

Il n’y a donc pas de segmentation, juste des VLAN déclarés. Et la raison est la même que pour le cluster : le temps est passé ailleurs.

Ce que coûte un homelab Nutanix qu’on n’allume qu’au besoin

En 2024, j’avais branché une prise connectée Meross sur le cluster et je l’avais remontée dans Home Assistant pour savoir précisément ce que cette machine me coûtait. Environ 5 850 Wh par jour cluster allumé, ce qui projette 2 138,9 kWh sur une année pleine et près de 535 euros au tarif réglementé, en supposant le serveur allumé tous les jours de l’année.

Consommation quotidienne du cluster mesurée dans Home Assistant du 18 août au 17 septembre 2024 : un palier bas serveur éteint, puis des journées à près de 5 850 Wh à partir du 10 septembre

Le chiffre que je n’attendais pas est l’autre : le serveur éteint consomme encore entre 300 et 400 Wh par jour, uniquement pour maintenir l’IPMI et les alimentations sous tension. Rapporté à l’année, cela fait de 110 à 146 kWh et une trentaine d’euros pour une machine qui ne fait rien. Le détail de la mesure est dans l’article que j’ai consacré au sujet.

La règle s’est donc imposée d’elle-même : le cluster ne s’allume que pour les tests et pour la rédaction des articles. Et c’est exactement ce qui bloque tout le reste, puisqu’une infrastructure qu’on démarre le soir où on en a besoin ne peut héberger aucun service qui doit répondre en permanence, ce qui exclut à peu près tout ce qu’une maison attend d’un serveur.

J’ai laissé la situation en l’état pendant deux ans car j’avais d’autres chantiers sur le feu.

Ce qui n’existait pas

Au 1er juillet 2026, je n’avais ni DNS interne, ni reverse proxy, ni supervision, ni gestion des secrets, et aucun système de sauvegarde.

Chacun de ces manques est indolore tant que les machines virtuelles sont jetables. On accède à une VM par son adresse IP parce qu’on en a trois, on ne surveille rien parce qu’un arrêt ne dérange personne, et on ne sauvegarde pas ce qu’on a prévu de détruire à la fin du test.

Avec le temps, les besoins ont évolué et je veux aujourd’hui faire tourner des applications en local qui seront utilisées par toute la famille. Les cinq manques apparaissent alors d’un seul coup, parce qu’aucun d’eux ne se voit tant que rien n’a besoin de survivre à un redémarrage.

Le seul ajout en deux ans : Mainsail

Entre mon article de 2024 et aujourd’hui, une seule chose a bougé. En décembre 2025, j’ai installé Klipper et Mainsail pour piloter mon imprimante 3D, sur un Raspberry Pi posé à côté.

Je n’ai même pas envisagé d’autre option. AHV ne sait pas faire de passthrough USB, la KB Nutanix est claire là-dessus, et de toute façon le cluster passe l’essentiel de son temps éteint. Il reste une piste que je garde pour la refonte, VirtualHere, qui expose un périphérique USB sur le réseau et le présente à une machine virtuelle sans passthrough matériel. Je ne l’ai pas encore testée.

La facture d’électricité a fini par dicter l’architecture, et pendant deux ans elle a produit la même décision à chaque nouveau besoin.

Voilà l’état des lieux. Un cluster de test presque tout le temps éteint, deux Raspberry Pi qui hébergent des applications et une box opérateur qui fait office de serveur DNS. Ça fonctionne, et ça ne peut rien porter de plus.

Le chantier commence là. Il me faut un socle allumé en permanence et sobre, un DNS et un reverse proxy qui m’appartiennent, des sauvegardes vérifiées, de la supervision, de quoi gérer les secrets… et un cluster Nutanix qui redevient ce pour quoi il est bon : casser des choses. C’est ce que je vais raconter dans les articles qui suivent.

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