
Il m’est arrivé une petite mésaventure récemment. Après un changement de mot de passe IPMI sur mon 1-node, impossible de me reconnecter à l’interface de management de mon nœud. Oubli dans la seconde ? Faute de frappe ? Copier coller foireux ? Qu’importe la raison, le verrouillage de l’accès, lui, était bien réel.
Perdre son mot de passe IPMI (ou BMC) fait souvent transpirer. Mais rassurez-vous, l’expérience m’a appris une règle d’or : tant que vous avez encore un accès au système d’exploitation de l’hôte (que ce soit AHV, un Linux standard ou même ESXi), vous pouvez récupérer la main sans avoir besoin de faire un reset matériel.
Toutefois, la situation peut être plus critique qu’il n’y paraît. Pour les experts qui me lisent, vous savez qu’en environnement Nutanix Single-Node, l’IPMI n’est pas juste un confort d’administration : c’est votre seul et unique fail-safe. Sans lui, impossible de monter une ISO Phoenix en Remote Media lors d’un crash AOS majeur ou pour forcer un redémarrage. Perdre l’accès BMC sur un tel nœud devient donc très vite un point de blocage impactant pour votre production et l’accès à la console distante.
Dans ce guide, je vous partage les différentes méthodes pour reprendre le contrôle sur votre noeud en quelques minutes, de la plus douce à celle de la dernière chance.
Méthode 1 : Réinitialisation in-band via ipmitool
Si vous êtes sous Nutanix AHV ou une distribution Linux classique, vous avez de la chance : l’utilitaire ipmitool est généralement présent nativement. L’astuce de cette méthode repose sur le canal matériel KCS (Keyboard Controller Style). En clair, cela permet à l’OS de l’hôte de communiquer directement avec la puce BMC via le bus de la carte mère (LPC/PCIe), sans passer par le réseau de management.
Identifier et écraser le compte Admin
Connectez-vous en root sur votre hôte. Par précaution, on s’assure d’abord que les modules noyaux gérant l’IPMI sont bien chargés :
modprobe ipmi_si
modprobe ipmi_devintf
Ensuite, on va lister les utilisateurs configurés (généralement sur le channel 1) pour repérer l’ID de notre compte administrateur. Dans 99% des cas, le compte par défaut (ADMIN) correspond à l’ID 2.
ipmitool user list 1
Dans mon cas, l’ID correspond bien à 2 :

Une fois l’ID confirmé, la commande pour forcer un nouveau mot de passe est enfantine :
ipmitool user set password 2 'MonNouveauMdp123!'
Lors de la saisie de la commande précédente, il se peut que le terminal vous renvoie un vilain Invalid data field in request.
Pas de panique, c’est simplement le parseur de politique de sécurité de certains firmwares qui rejette votre demande. Il exige non seulement une complexité minimale (8 caractères, majuscule, minuscule, chiffre), mais peut aussi être capricieux sur le format de la requête.
Pour contourner (ou plutôt satisfaire) ce mécanisme, forcez la longueur d’encodage sur 20 octets en ajoutant simplement 20 à la fin de votre commande :
ipmitool user set password 2 'MonNouveauMdp123!' 20
Votre mot de passe est maintenant écrasé. Vous pouvez tester la connexion à l’interface web.
Méthode 2 : L’utilitaire IPMICFG (La solution pour VMware ESXi)
Si vous êtes sous VMware ESXi, la première méthode risque de vous laisser sur le carreau. Pourquoi ? Parce qu’ipmitool n’y est pas packagé nativement et résoudre les dépendances pour le compiler sur un hyperviseur est une perte de temps que je ne vous recommande pas.
La parade s’appelle IPMICFG. C’est l’outil officiel fourni par Supermicro (téléchargeable sur leur portail avec un compte gratuit). L’immense avantage est qu’il est fourni sous forme de binaires statiques, prêts à l’emploi pour Linux ou Windows.
Une fois l’archive transférée sur votre hôte et décompressée, son utilisation est très simple :
./IPMICFG-Linux.x86_64 -user list
./IPMICFG-Linux.x86_64 -user setpwd 2 MonNouveauMdp123!
Note : adaptez le nom du binaire si vous utilisez la version Windows ou Linux.
Vous pouvez récupérer l’utilitaire ici : https://www.supermicro.com/wdl/utility/IPMICFG/
Cas extrême : Le nœud n’a plus d’OS bootable
Que faire si l’OS ne démarre plus du tout ? C’est souvent là qu’on transpire, pensant que sans accès réseau à l’IPMI ni système d’exploitation fonctionnel, la seule méthode restante est le reset usine.
Rappelez-vous : l’interface KCS est exposée au niveau matériel dès la fin du POST BIOS. Elle est totalement indépendante de l’état de votre stockage.
Il suffit donc de booter le serveur sur une clé USB contenant un Live CD Linux (Ubuntu, Rocky Linux). Une fois sur le bureau éphémère, ouvrez un terminal, installez l’utilitaire s’il n’est pas déjà présent (apt install ipmitool par exemple), et reprenez exactement les commandes de la Méthode 1.
Méthode de dernier recours : Le Factory Reset du BMC
Si pour une raison obscure les méthodes précédentes échouent, il reste l’ultime recours : le reset aux paramètres d’usine.
Avec l’outil de Supermicro, la commande est directe :
./IPMICFG-Linux.x86_64 -fd
Et si vous préférez la méthode ipmitool pure, il faut passer une commande RAW :
ipmitool raw 0x3c 0x40
⚠️ Attention, les conséquences sont lourdes : Toute votre configuration BMC est remise à zéro. Vous perdez l’IP statique (le port repasse en DHCP), la configuration des VLANs, et vos comptes utilisateurs. Le BMC va ensuite redémarrer (comptez bien 2 à 3 minutes). Gros point de vigilance sur les générations récentes de serveurs : il se peut que le mot de passe ne redevienne pas ADMIN/ADMIN. Il bascule sur le mot de passe unique imprimé sur l’étiquette OCP (souvent collée sur le châssis ou la carte mère). Pensez-y si votre serveur est physiquement à l’autre bout du monde !
Mes recommandations
Une fois l’accès récupéré via la méthode 1 ou 2, voici ce que je fais systématiquement pour sécuriser mes arrières :
- Le gestionnaire de mots de passe : C’est basique, mais renseignez vos creds immédiatement au lieu de le garder dans le cache du copié-collé.
- Le compte de secours : Créez un second compte administrateur.
- L’astuce du Slot ID : Ne mettez pas votre compte de secours sur le Slot ID 3. Forcez sa création sur un Slot plus éloigné (comme le 5 ou le 6). Pourquoi ? Parce que certains scripts d’automatisation d’infrastructure ont parfois la fâcheuse tendance à écraser ou modifier en force les premiers Slots (2 et 3) lors du provisionning. En le mettant plus loin, vous le sanctuarisez.
Et vous, ça vous est déjà arrivé de vous enfermer dehors sur l’un de vos nœuds ? Partagez votre pire galère dans les commentaires ci-dessous !





































